Mariéme Jamme — l'autodidacte devenue l'une des voix mondiales de la tech africaine
D'une bibliothèque du Surrey où elle apprend seule à lire, écrire et programmer, jusqu'au conseil d'administration de la World Wide Web Foundation : Mariéme Jamme a construit une carrière entière dans la tech sans diplôme d'ingénieur.
Née en 1974 à Dakar, Mariéme Jamme arrive en Angleterre sans formation académique structurée. Elle apprend à lire et à écrire pendant son adolescence, puis se forme elle-même à la programmation dans une bibliothèque publique du Surrey — un parcours autodidacte qui tranche radicalement avec les profils d'ingénieurs qui dominent habituellement l'industrie technologique. Elle complète ensuite ce socle par des études à l'Université du Surrey, où elle perfectionne son anglais et obtient un MBA.
Sa carrière démarre dans la banque et l'informatique d'entreprise : Citibank, HSBC, JP Morgan, Lloyds Bank, puis des postes de management chez Oracle et Microsoft. C'est cette double compétence — finance et technologie — qui la propulse, en 2013, au conseil consultatif 4Afrika de Microsoft, programme dédié au soutien des startups africaines.
En 2007, elle fonde SpotOne Global Solutions (aujourd'hui Accur8Global) au Royaume-Uni, dont elle devient la PDG. L'entreprise aide des organisations informatiques à s'implanter sur les marchés d'Europe, du Moyen-Orient, d'Afrique et d'Asie — un positionnement qui fait d'elle une passerelle entre des écosystèmes technologiques souvent cloisonnés. Elle multiplie ensuite les initiatives structurantes : co-fondation d'Africa Gathering, organisation du concours Apps4Africa, puis création en 2015 d'Accur8Africa, pour évaluer à partir de données fiables les progrès vers les Objectifs de développement durable de l'ONU à l'horizon 2030.
Son initiative la plus marquante reste iamtheCODE, lancée en 2016-2017 : l'objectif affiché est de former un million de filles d'ici 2030 aux disciplines STEAMD (sciences, technologie, ingénierie, arts, mathématiques, design, entrepreneuriat), en priorité dans des zones défavorisées d'Afrique, d'Amérique du Sud et du Moyen-Orient — une ambition directement nourrie par son propre parcours sans accès initial à une éducation formelle.
Cet engagement lui vaut une reconnaissance internationale continue : citée par Forbes parmi les 20 jeunes femmes les plus influentes d'Afrique en 2012, nommée Young Global Leader par le Forum économique mondial en 2013, puis multipliant les distinctions en 2017 — Quartz Africa Innovators, prix de l'innovation aux Global Goals Awards organisés avec l'ONU, l'UNICEF et la Fondation Gates, sélection au BBC 100 Women, et surtout première femme noire au conseil d'administration de la World Wide Web Foundation. Elle figure encore en 2019 et 2020 au Powerlist, le classement des 100 personnalités britanniques d'origine africaine ou afro-caribéenne les plus influentes.
Pour Blackfit, le parcours de Mariéme Jamme illustre une forme d'excellence qui ne passe pas par les grandes écoles : celle de l'autodidacte qui transforme son propre manque d'accès initial à l'éducation en mission de carrière, pour ouvrir la voie à des millions de jeunes filles africaines dans la tech.
Mariéme Jamme en chiffres
- 1 million — de filles visées par iamtheCODE d'ici 2030, en STEAMD
- 2007 — fondation de SpotOne Global Solutions
- 2017 — première femme noire au conseil de la World Wide Web Foundation
- 3 — grandes banques/entreprises tech où elle a travaillé avant d'entreprendre (Citibank, Oracle, Microsoft)
Vous portez une initiative d'inclusion numérique au Sénégal ? Partagez-la avec Blackfit.
Articles similaires
Entrepreneuriat
Khoudia Gueye — la pionnière des réseaux internet qui ouvre la tech aux jeunes Sénégalaises
Ingénieure réseaux formée au Sénégal, Khoudia Gueye a contribué à bâtir une partie de l'infrastructure internet du pays, avant de …
Entrepreneuriat
Serigne Mboup — le bâtisseur de CCBM devenu maire de Kaolack
Fondateur de CCBM, groupe devenu l'un des piliers du bâtiment et des travaux publics au Sénégal, Serigne Mboup a construit …
Entrepreneuriat
Wave — comment une startup née au Sénégal est devenue la première licorne d'Afrique francophone
En à peine trois ans, l'application mobile money Wave est passée d'un service lancé à Dakar à une valorisation de …