Mouhamed Moustapha Diouf — l'IA sénégalaise se construit à Dakar
Pendant que le monde s'interroge sur la régulation de l'intelligence artificielle, Mouhamed Moustapha Diouf construit, depuis Dakar, des solutions concrètes qui répondent à des problèmes bien réels : accès aux soins, langues africaines sous-représentées sur le web, démarches administratives complexes. À la tête de Baamtu, il incarne une tech sénégalaise qui ne se contente pas de suivre les tendances mondiales — elle les adapte au terrain.
Basée à Ouest Foire, à Dakar, Baamtu s'est construite autour d'un pari : celui que l'Afrique n'a pas à subir la révolution de l'intelligence artificielle, mais peut y participer pleinement. L'entreprise développe des solutions dans l'ingénierie logicielle, l'ingénierie de données, l'analyse de données et l'IA, avec une filiale dédiée, Baamtu Datamation, spécialisée dans la valorisation de données pour de grandes organisations en Afrique comme en Europe.
Dès 2019, dans l'un de ses premiers grands entretiens publics, Mouhamed Moustapha Diouf posait un diagnostic lucide sur les freins au développement de l'IA en Afrique : l'absence de données structurées et exploitables. Un problème qu'il jugeait résoluble, porté par une conviction forte — celle que le Sénégal n'avait pas raté le tournant de l'intelligence artificielle, à condition de s'organiser. Il plaidait déjà, à l'époque, pour la mise en place d'une agence de régulation des algorithmes, anticipant des débats qui n'éclateraient à l'échelle mondiale que plusieurs années plus tard.
Cette vision s'est traduite, au fil des années, par des projets concrets menés par les équipes de Baamtu. L'entreprise a par exemple développé, à la demande du ministère de la Santé, une technologie de self-diagnostic pour l'hémophilie, accessible directement depuis un smartphone. Elle a également travaillé sur des chatbots capables de dialoguer dans des langues africaines historiquement absentes du web, facilitant l'accès à l'information pour des populations souvent laissées de côté par la tech mondiale. Autre chantier : l'utilisation de la reconnaissance optique de caractères pour aider les citoyens à retrouver plus facilement des documents d'état civil — une alternative numérique bienvenue dans un contexte où l'administration papier reste souvent un obstacle.
Cette approche pragmatique, centrée sur des problèmes locaux plutôt que sur la course aux dernières tendances technologiques, a permis à Baamtu de gagner en crédibilité — au point de figurer, en 2026, parmi les 15 startups sénégalaises sélectionnées pour représenter le pays à VivaTech, le plus grand salon européen de l'innovation, à Paris.
Pour Mouhamed Moustapha Diouf et les équipes de Baamtu, l'enjeu dépasse la seule réussite commerciale : il s'agit de démontrer qu'une intelligence artificielle pensée depuis l'Afrique, pour répondre à des besoins africains, peut aussi s'exporter et inspirer au-delà du continent.
En chiffres
- Entreprise basée à Dakar, avec une filiale spécialisée : Baamtu Datamation
- Sélectionnée parmi les 15 startups sénégalaises à VivaTech 2026
- Domaines d'activité : ingénierie logicielle, data, IA, audit & conseil IT
- Projets réalisés pour le ministère de la Santé et des organisations en Afrique et en Europe
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