Ndayane — le pari sénégalais d'un hub logistique régional
Pendant que le port de Dakar traite déjà 95 % des échanges commerciaux du pays et une large part du trafic malien, un chantier à quelques kilomètres de là prépare la suite : le futur port en eau profonde de Ndayane, porté par un investissement de 840 millions de dollars, doit transformer le Sénégal en plateforme logistique de référence pour toute l'Afrique de l'Ouest.
Le projet de Ndayane n'est pas né d'hier. L'engagement contractuel entre l'État sénégalais et l'opérateur portuaire émirati DP World remonte à 2007, mais le chantier concret n'a démarré qu'en janvier 2022. Depuis, le projet a continué de prendre forme, jusqu'à la signature récente d'un avenant à Dubaï venant renforcer le partenariat entre les deux parties, en présence du Premier ministre Ousmane Sonko.
Les ambitions techniques sont à la hauteur de l'investissement annoncé : 840 millions de dollars, soit environ 448 milliards de FCFA, pour une première phase qui doit livrer un terminal à conteneurs de 300 hectares, un chenal d'accès de 5 kilomètres et un quai de 840 mètres, capable d'accueillir les très grands navires qui dominent désormais le transport maritime mondial. Une deuxième phase, estimée à 290 millions de dollars supplémentaires, doit permettre de recevoir des navires jusqu'à 400 mètres de long.
L'enjeu dépasse la simple infrastructure portuaire. Le port actuel de Dakar, bien qu'efficace — il figure en tête du classement de la Banque mondiale pour la performance portuaire en Afrique subsaharienne — montre des signes de saturation. Ndayane doit absorber une partie de ce trafic, tout en s'adossant à une zone économique spéciale de 600 hectares pensée pour attirer industries et activités logistiques autour du nouveau port.
Pour mesurer l'ampleur de ce que représente déjà l'activité portuaire sénégalaise, il suffit de regarder les chiffres de l'actuel terminal à conteneurs de Dakar, exploité par DP World depuis 2008 : le trafic y est passé de 265 000 équivalents vingt pieds (EVP) cette année-là à environ 850 000 EVP en 2025, plus que triplé en moins de deux décennies, avec le 10 millionième conteneur traité en mars 2026. Selon une étude d'Oxford Economics, cette seule activité portuaire soutient environ 170 000 emplois à l'échelle nationale — soit 3,1 % de l'emploi total du pays — et contribue en moyenne à hauteur de 1,1 milliard de dollars par an au PIB sénégalais, soit 3,8 % de la richesse nationale.
Avec Ndayane, le Sénégal ne cherche pas seulement à agrandir ses capacités portuaires : il vise à capter une part plus importante des flux logistiques qui transitent aujourd'hui par d'autres hubs régionaux, à un moment où plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest investissent massivement dans leurs infrastructures maritimes pour attirer le commerce international.
En chiffres
- 840 millions de dollars investis dans la première phase du port de Ndayane
- Trafic du terminal de Dakar multiplié par plus de 3 depuis 2008 (265 000 à 850 000 EVP)
- 170 000 emplois soutenus à l'échelle nationale par l'activité portuaire (étude Oxford Economics)
- Zone économique spéciale de 600 hectares adossée au futur port
Suivez les grands projets d'infrastructure qui transforment l'économie sénégalaise — abonnez-vous à la newsletter Blackfit.
Articles similaires
Business
Air Sénégal — dix ans de turbulences et d'ambitions pour le pavillon national
Créée en 2016 pour relever le défi d'un pavillon national sénégalais viable, Air Sénégal a traversé une décennie de turbulences …
Business
Grand Tortue Ahmeyim — le Sénégal entre dans l'ère du gaz
À la frontière maritime entre le Sénégal et la Mauritanie, le champ gazier Grand Tortue Ahmeyim a produit ses premières …
Business
Grande Côte Operations — le Sénégal face aux promesses et aux coûts de sa mine de zircon
Depuis le milieu des années 2010, Grande Côte Operations extrait zircon et titane sur le littoral sénégalais, entre emplois créés, …