SAR 2.0 — comment le Sénégal muscle son raffinage face au géant Dangote
Face à la montée en puissance de la raffinerie nigériane Dangote, la Société Africaine de Raffinage engage un projet de modernisation à 5 milliards de dollars et prépare une seconde raffinerie pour sécuriser l'indépendance énergétique du Sénégal.
Le contexte régional explique l'urgence du projet. En février 2026, la raffinerie nigériane Dangote atteint une capacité de 650 000 barils par jour et intensifie ses livraisons vers l'Afrique de l'Ouest. Le Nigeria, longtemps importateur net de produits raffinés malgré ses réserves de brut, devient exportateur net de carburants — un basculement qui redessine les flux pétroliers régionaux, jusque sur des marchés historiquement servis par la Société Africaine de Raffinage (SAR), le raffineur historique du Sénégal.
C'est dans ce contexte de pression concurrentielle que le gouvernement sénégalais réaffirme, lors d'un point de suivi organisé le 2 octobre 2026 par le ministère de l'Énergie, du Pétrole et des Mines, le rôle stratégique de la SAR. Le projet, baptisé SAR 2.0, vise trois objectifs précis : améliorer la compétitivité des coûts de production, renforcer la fiabilité des unités de traitement, et mieux adapter les produits raffinés à la demande du marché intérieur. La SAR alimente aujourd'hui des distributeurs pétroliers majeurs comme TotalEnergies, Vivo Energy, Petrosen et Elton.
En janvier 2026, le directeur général de la SAR présente par ailleurs le projet d'une seconde raffinerie et annonce un chiffre d'affaires de 35 milliards de FCFA pour l'entreprise. Les documents sectoriels prévoient une phase de construction et de modernisation à partir de 2026, pour une mise en service visée autour de 2029. La Banque africaine de développement inscrit cette modernisation dans une stratégie plus large de réduction de la dépendance du Sénégal aux importations de produits raffinés — un enjeu de souveraineté énergétique qui a pris un relief particulier depuis le démarrage de la production pétrolière offshore du pays.
Car c'est bien là tout l'enjeu stratégique du dossier : le gouvernement étudie désormais la possibilité de valoriser localement le brut extrait des champs de Sangomar et de Grand Tortue Ahmeyim, plutôt que de l'exporter brut pour ensuite réimporter des produits raffinés — une boucle économiquement absurde que la SAR 2.0 est censée contribuer à corriger. Selon les projections sectorielles, le projet de seconde raffinerie pourrait créer plus de 15 000 emplois directs.
Le défi reste de taille : la SAR est une infrastructure historique, construite à une époque où les volumes et les standards de production étaient très différents de ceux qu'impose aujourd'hui un concurrent comme Dangote, capable de peser sur les prix, les volumes et la fiabilité de l'approvisionnement à l'échelle de toute la sous-région.
Pour Blackfit, le dossier SAR 2.0 illustre une excellence africaine qui ne se joue pas seulement dans la performance individuelle, mais dans la capacité d'un pays à transformer une ressource naturelle nouvellement découverte — le pétrole offshore — en souveraineté industrielle réelle, plutôt qu'en simple rente d'exportation.
SAR 2.0 en chiffres
- 5 Mds $ — ampleur estimée du projet de modernisation/expansion du raffinage sénégalais
- 35 Mds FCFA — chiffre d'affaires annoncé par la SAR en janvier 2026
- 15 000+ — emplois directs attendus de la seconde raffinerie
- 650 000 b/j — capacité de la raffinerie nigériane Dangote, concurrent régional direct
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